Paru dans Quaderni 36 (1988), 145-163.

Racisme et discours publics aux Pays-Bas

Ineke Van der Valk
Teun A. Van Dijk
Université d'Amsterdam

Aux Pays-Bas, comme dans d'autres pays européens, les questions liées à "l'immigration" et aux "minorités ethniques"1 constituent les principaux thèmes du débat public. Dans les champs politique, médiatique et universitaire, de même qu'au cours des conversations de tous les jours, les débats sur ceux que l'on désigne généralement par "étrangers" divisent de plus en plus le pays. Les immigrants viennent d'Indonésie, de différents pays méditerranéens et de l'ex-colonie du Surinam. Plus récemment, ce sont des réfugiés d'Afrique, du Moyen-Orient et d'Asie. Nous nous proposons d'examiner les caractéristiques des textes et discours publics, et en particulier comment ils contribuent à la reproduction des "préjugés ethniques"2 et du racisme.

La notion de discours que nous employons est ambiguë. En effet, elle renvoie d'une part à la dimension concrète des usages langagiers et des interactions verbales; et d'autre part, elle fait référence plus abstraitement, aux systèmes complèxes de discours ou même a leur idées sousjacentes. Nous utiliserons donc entre autres: "discours politique", "discours sur les immigrés" et "discours dominant" (pour plus de précisions, voir Van Dijk, 1997). De même, parmi l'ensemble des discours sur "l'immigration" et les "immigrés", nous examinerons les différences de perspectives basées sur la multitude d'opinions sur "l'immigration" et les "relations inter-ethniques". Nous montrerons comment ces différentes orientations ou discours se sont développés et comment ils se sont affrontés au cours de ces dernières décennies.

Notre analyse s'inscrit dans le cadre général de L'Analyse Critique du Discours (ACD) qui s'intéresse tout particulièrement au rôle des discours dans le cas de la domination et de l'inégalité sociales (Fairclough, 1995; Van Dijk, 1993b). Dans le cas des recherches sur les "préjugés ethniques", le racisme et l'antisémitisme, l'ACD s'est intéressée à la façon dont les groupes "ethniques" dominants parlent de et écrivent sur les immigrés, et comment les croyances sociales et les relations de pouvoir sont ainsi reproduites par la majorité "blanche" européenne (Van Dijk, 1984, 1987, 1991, 1993a; Wodak, et al. 1990; Jäger, 1992; Jäger & Link, 1993). Ainsi, comme c'est le cas pour d'autres pratiques sociales ou des institutions, différentes formes de discours publics peuvent inclure ou exclure les immigrés. Compte tenu de la longueur limitée de cet article, nous examinerons seulement quelques caractéristiques de ces discours. Nos analyses ont aussi été inspirés par des travaux intéressants en France et en Suisse sur le discours publics sur les immigrés (voir, entre autres études: Bonnafous, 1991; Ebel & Fiala, 1983; Windisch, 1978, 1982).

Les discours sur les immigrés

Aux Pays-Bas, les discours d'après-guerre sur l'immigration font l'objet de différentes thématiques. Certaines sont des réponses à des thématiques antérieures, tandis que d'autres, développées simultanément, s'affrontent. Parallèlement, certains discours sur les immigrés ont une position dominante, compte tenu de leur écho au sein des élites politiques, médiatiques et universitaires, tandis que d'autres (souvent marginaux) sont des formes d'opposition et de résistance, en particulier parmi certains groupes d'immigrés et leurs leaders, mais également parmi les groupes ou institutions majoritaires en dissidence.

Le thème de l'égalité

Dans le milieu des années 70, la première thématique issue des discours sur les immigrés est celle de "l'égalité" et de "l'émancipation", en particulier dans le cadre des problèmes rencontrés par les immigrés de Méditerranée (par exemple dans le logement, le travail, ou les expériences de discrimination ou d'autres formes d'inégalité sociale). Selon l'air du temps, on met implicitement en valeur la solidarité, l'équité; le point de vue adopté est celui de ces "hôtes travailleurs" (tels qu'on les désigne à l'époque). C'est ainsi que les mouvements et les organisations d'immigrés ont été capables d'influencer la définition de ces problèmes, et souvent ils se sont trouvés au centre de l'attention publique. Les principaux buts politiques de ces organisations étaient l'émancipation, l'égalité des droits, des opportunités socio-économiques, une reconnaissance culturelle, la participation politique et la lutte contre le racisme.

Le discours sur "l'égalité" a eu un certain écho car à l'époque il n'y avait pas d'autres discours dominants, que ce soit dans le domaine de la recherche universitaire ou dans le cadre des politiques chargées de l'immigration. La politique du gouvernement ainsi que les dispositions législatives étaient fragmentaires, ad hoc, incohérentes et largement limitées aux conditions de résidence, aux lois sur le travail et au système de protection sociale, tandis que les discours universitaires étaient centrés sur des groupes "ethniques" spécifiques.

Malgré une pression sociale abandonnant peu à peu l'idée dominante que l'immigration n'était principalement qu'un phénomène temporaire, ce n'est seulement qu'à la fin des années 70 que des politiques gouvernementales officielles ont été mises en place (Penninx, 1979). Les autorités prirent l'initiative, au lieu de réagir à des enjeux liés aux questions "ethniques".

Le thème des "défavorisés"

Les universitaires ont joué un rôle important dans le cas de la seconde variante des discours sur l'immigration, au sein desquels il était question des "immigrés défavorisés" par exemple, dans le cas du logement, de l'emploi et de l'éducation (Amersfoort, 1982; Entzinger, 1984; Penninx, 1988). Ils ont fortement influencé les nouvelles politiques sur les immigrés telles qu'elles ont été définies dans la Loi sur les immigrés de 1983. Les migrants de même que l'ensemble de la société étaient présentés comme "menacés" par la "formation de minorités", une "menace" qui n'était jamais clairement définie. Cette nouvelle politique avait par conséquent pour but "d'intégrer" les immigrés. Quoi qu'il en soit, et compte tenu de la pression exercée par les immigrés eux-mêmes (qui redoutaient l'adaptation et l'assimilation), le gouvernement ajouta dans la loi "la conservation des cultures d'origine" comme élément essentiel de l'intégration. Notons cependant que le concept de "culture" employé n'était pas très élaboré (Van der Valk, 1996), et il ne fut pas surprenant, que très vite, il s'en suivit des réactions.

Le thème de la "culture comme problème"

Autour de la fin des années 80, et compte tenu de l'impact de la crise socio-économique et de l'idéologie dominante néo-libérale, le discours sur l'immigration s'est durci. Les immigrés ont de plus en plus été définis comme générant des "problèmes", plutôt que comme rencontrant des problèmes. Avec l'arrivée de nombreux réfugiés, les frontières nationales et européennes étaient quasiment fermées aux nouveaux venus, en particulier du Tiers-Monde. Les accords de Schengen ont défini ce qui est à présent appelé "la forteresse Europe".

Durant les années 80, les "préjugés ethniques", les discriminations et le racisme ont nettement augmenté, et les nouvelles politiques ont à la fois réagi, mais également exacerbé les ressentiments populaires à l'égard des migrants. Un parti raciste a même obtenu un siège (et plus tard trois) au Parlement, avec des slogans identiques à d'autres partis xénophobes européens comme: "La Hollande aux Hollandais!".

A la fois dans le langage courant et dans le discours des élites, les cultures des immigrés étaient de plus en plus présentées comme un problème, en particulier la religion (notamment l'Islam, voir Huig & Van der Valk, 1995; Shadid & Koningsveld, 1996). Des stéréotypes séculaires sur les musulmans et les Arabes comme ennemis de l'Europe ont été réactivés, en particulier lors de "l'Affaire Rushdie", la "question du voile" et la guerre du Golfe. D'autres représentations négatives de l'Autre ainsi que la mise en cause des victimes pour leurs problèmes socio-économiques sont devenues les principales stratégies du troisième type de discours sur les immigrés.

Alors que dans le cas d'autres discours sur l'immigration pouvaient être représentés comme étant différents, ce discours problématisant s'est centré sur les dimensions négatives de la différence, en tant que forme de déviance, et même ultime danger pour la Nation, sa culture (dominante) et ses valeurs, voire l'Etat-providence lui-même. Les immigrés furent alors associés à l'illégalité, le crime, les abus de drogue et un déficit de capacités et d'aspirations.

En politique, l'accord tacite de ne pas utiliser l'immigration à des fins électorales céda sous la pression. Les élites, à différents niveaux, plaidèrent pour une politique plus "ferme" vis-à-vis de l'immigration. Le gouvernement organisa un débat public sur le sujet qui était particulièrement médiatisé. Le leader du parti conservateur (liberal-VVD), Bolkestein, émit des critiques régulières sur la culture déviante des immigrés musulmans qui, selon lui, empêcherait leur intégration dans la société hollandaise.

Dans la phase suivante, le discours des élites sur l'immigration se focalisa sur la question de la citoyenneté: les immigrés n'ont pas seulement des droits, mais elles devaient aussi avoir conscience de leurs devoirs et responsabilités. Les politiques chargées de l'immigration devinrent celles de l'intégration, définies en terme de progrès individuel, en particulier dans le cas de l'emploi et de l'éducation. L'identité culturelle fut considérée comme étant responsable de la situation désavantageuse des immigrés, elle fut la source de ressentiment et de discrimination de la part de la population majoritaire (Van den Berg, 1995; Van der Zwan & Entzinger, 1994). Cette stratégie bien connue du discours officiel qui consiste à accuser les victimes ("blaming the victim") associa l'insécurité supposée, les crimes et la désintégration sociale aux immigrés et à leurs cultures. Ainsi, les immigrés furent encore plus criminalisés et marginalisées qu'avant, et considérés comme des "étrangers" (comme d'ailleurs en Allemagne: Ausländer), même s'ils ont la nationalité néerlandaise.

Dans les années 1990, ce discours sur les "minorités ethniques" et leurs cultures "problématiques" si ce n'est "menaçantes" obtint une position dominante. Le tabou social, à savoir, ne pas tenir de discours explicitement négatif sur les immigrés, fut levé. Le leitmotiv devint alors que tout devait être "honnêtement" exprimé, et être au coeur des débats. Cette forme apparente de "franchise" est classique dans l'auto-légitimation des discours à stéréotypes et à préjugés. Ainsi, le parti Conservateur fut "en mesure" d'exprimer des "préoccupations" sur l'immigration et l'intégration, qui peu de temps auparavant étaient considérées comme des "préoccupations" typiquement racistes d'extrême-droite. Son succès électoral ces dernières années est sans aucun doute lié à sa position sur l'immigration. La droite raciste perdit ses trois sièges au parlement lors des élections de 1998 quand la rhétorique anti-immigration fut reprise et légitimée par le parti Conservateur, membre du Gouvernement.

La thème de la diversité

Ces dernières années, une nouvelle thématique émerge. Alors que avant il existait des discours dissidents portant sur l'émancipation ainsi que des critiques anti-racistes, une nouvelle orientation des textes et discours d'oppositions introduisit le thème plutôt positif de la diversité. Dans ce type de discours, la différence n'est pas perçue comme un problème ou un danger mais comme un enrichissement potentiel de la société. En subsumant les différences "ethniques" ou "raciales" à l'intérieur du cadre général de la "diversité", elles sont alors explicitement comparées aux différences de sexes, de classes sociales, de comportements sexuels ou de capacités (ou handicaps) physiques. Au lieu de mettre l'accent sur des groupes spécifiques, la diversité est appliquée à l'ensemble de la société. A la place du monoculturalisme, c'est l'hétérogénéité qui est présentée comme situation "normale" dans la société contemporaine, et les différences de perspectives, d'orientations et de parcours comme étant bénéfiques à tous les niveaux de la structure sociale, et en particulier aussi au sommet. La diversité des normes, valeurs et codes de pensée et de conduite est positivement perçue, elle contribue à un usage optimal des ressources humaines, des talents et des capacités, par exemple en matière d'éducation, de marché du travail et de politique. Ainsi, le déséquilibre des rapports de force entre groupes sociaux peut être réduit, surtout dans le cas de différences liées à l'appartenance à un groupe "ethnique" ou au sexe.

Comme nous l'avons préalablement suggéré, ces variations dans les débats sur l'immigration et les "questions ethniques" devraient en partie être appréhendées comme des réactions socio-politiques et historiques à l'égard des autres prises de position. En même temps, durant les dernières décennies, ces discours sont parfois plus ou moins dominants par rapport aux discours qui leur sont opposés.

Il y a cependant des tendances générales. D'un discours plus ou moins bienveillant sur "l'égalité" durant les années 1970, on observe depuis une augmentation de réactions dures et négatives à l'égard des immigrés et de leur culture. Le discours anti-raciste radical a toujours été marginalisé. Néanmoins, à l'intérieur de l'esprit néo-libéral et individualiste de ces dix dernières années, il existe un intérêt croissant à l'égard d'un discours plus large et plus positif la diversité sociale et culturelle, comme étant la valeur la plus appropriée des sociétés contemporaines.

Analyser les discours sur les immigrés

L'immigration et la "question ethnique" au Pays-Bas ont fait l'objet de nombreuses recherches. La plupart de ces recherches ont été effectuées par des chercheurs hollandais (mais voir Blakely, 1993). Elles s'intéressaient aux groupes ethniques minoritaires et à leurs caractéristiques, souvent en termes de problèmes sociaux rencontrés ou générés par ces immigrés. L'analyse critique du mythe hollandais de "tolérance", l'étude des différentes formes de discrimination, sans parler de recherches systématiques sur le racisme hollandais sont restées relativement rares. Un récent programme d'étude de l'Organisation de la Recherche Scientifique Hollandais (NWO) visant à promouvoir des travaux sur la société multiculturelle ne mentionne même pas le racisme comme problème central de la société hollandaise. Aucun projet de recherche sur ce thème n'a été financé.

Les recherches qui ont porté sur les préjugés, les discriminations et le racisme aux Pays-Bas sont généralement issues des sciences sociales, où l'intérêt pour les discours et l'analyse de discours est quasiment inexistant. Ceci implique en particulier que les formes discursives dominantes sur le racisme exprimé par les élites ont été largement ignorées, si ce n'est déniées. Par exemple, en dehors de notre propre groupe de recherche, aucun effort systématique n'a été fait pour analyser un discours aussi influent que celui des médias, de l'école, des politiques et de l'administration. Les discours dissidents dans ces domaines demeurent au niveau des bases protestataires des groupes d'action et des organisations des immigrés, des mouvements sociaux et de quelques institutions.

Ainsi, dans la suite de cet article, nous examinerons certaines caractéristiques du discours sur les immigrés, bilans de nos recherches. Cette approche a été élaborée dès le début des années 1980 à l'Université d'Amsterdam, et fait partie nos recherches portant sur l'analyse socio-politique de discours, aujourd'hui dans le cadre plus général de l'Analyse Critique du Discours.

Objectifs de recherche

Notre premier objectif était d'analyser systématiquement et précisément la façon dont les membres des groupes majoritaires parlent de et écrivent sur les immigrés. Deuxièmement, l'analyse de ces textes et discours devait aller au-delà des structures discursives, et ainsi essayer de les expliquer en termes de représentations sociales sous-jacentes des locuteurs, par exemple comme étant contrôlees par leur opinions et leur idéologie sociales à l'égard des "questions ethniques". Troisièmement, et plus fondamentalement, ces discours et leur base cognitive pouvaient aussi être appréhendés comme des conditions cruciales et des conséquences de la (re)production du racisme dans la société.

Les buts de cette recherche ont été formulés dans un cadre théorique complexe et pluridisciplinaire portant sur le discours, la cognition et la société. Le racisme est ainsi défini comme un système complexe de "domination raciale ou ethnique", reproduit par (a) des pratiques sociales des groupes dominants, principalement incluant leurs discours, et (b) des représentations sociales partagées (préjugés, idéologies) qui rendent ces pratiques signifiantes et intelligibles pour les membres du groupe, afin de maintenir l'inégalité sociale et l'organisation quotidienne de la domination ethnique. Nous avons remarqué qu'il fallait entendre aussi par racisme, les formes quelques fois subtiles et indirectes du traitement inégal quotidien, des pensées et propos négatifs, et pas seulement les formes flagrantes, ouvertes et violentes de la domination ethnique.

Pour notre analyse, notre corpus fut constitué de plusieurs types de discours, à savoir les nouvelles dans la presse, les conversations de tous les jours, les livres scolaires, les discours universitaires, les débats parlementaires, les discours politiques et les discours d'entreprise, principaux lieux d'expression des opinions sur les immigrés ainsi que genres déterminants dans la reproduction du racisme. Nous examinerons certaines caractéristiques du discours hollandais sur les immigrés à partir de deux genres importants de ce corpus, à savoir le discours de la presse et le discours politique (pour l'analyse des conversations sur les immigrés, voir Van Dijk, 1984, 1987; pour les discours des manuels scolaires, de la science, et des entreprises, voir Van Dijk, 1993a).

Les informations dans la presse

La plupart des membres des groupes majoritaires reçoivent leurs informations et leurs opinions sur les immigrés par le biais des médias de masse. De plus, les conversations quotidiennes indiquent que ce que les individus savent sur l'immigration, les différences culturelles ou les comportements déviants des "Autres" sont basés sur des informations médiatiques. Compte tenu de cette influence des médias sur le savoir et les croyances, il n'est pas surprenant que la plupart des premières études sur les discours sur les immigrés ont été réalisé pour les médias, à partir de reportages, publicités et films (voir, par exemple, le livre classique de Hartmann & Husband, 1974).

Dans notre travail, nous avons été au-delà de ces études de contenu sur l'"image" des immigrés dans les médias et nous avons systématiquement analysé la structure des informations dans la presse britannique et des Pays-Bas (Van Dijk, 1991, 1997).

Nous avons très vite observé que le discours des médias sur l'immigration, les immigrés et les réfugiés variait considérablement selon le statut et les orientations socio-politiques du journal. Comme l'on pouvait s'y attendre, les journaux conservateurs et d'extrême-droite relataient davantage d'opinions négatives sur l'immigration ou les groupes ethniques que les journaux dits de gauche. De plus, dans la presse populaire d'extrême-droite ces opinions négatives sur les immigrés sont ouvertement et explicitement énoncées.

Par ailleurs, les journaux progressistes (liberal) ne sont pas explicitement racistes, mais ils ont beaucoup de thèmes négatifs communs avec la presse conservatrice populaire ou de qualité (par exemple: l'immigration comme invasion, l'intégration comme un problème, les crimes et la déviance culturelle). D'autre part, la presse progressiste fait davantage attention aux problèmes des immigrés, dans le travail, le logement, dans le cas de la protection sociale, de l'éducation et des discriminations. Cependant, derrière ces formes à la fois de présentation négative de l'autre et d'empathie, les argumentations communes à l'ensemble de ces journaux sont peut-être celles qui portent sur les caractéristiques positives de leur propre groupe, avec un accent sur "tout ce que nous faisons pour eux".

En résumé: la presse définit avant tout l'immigration, les immigrés, les relations inter-ethniques et la société multiculturelle en terme de problèmes. La principale différence entre la presse dite de gauche et celle dite de droite est que la première tend à mettre l'accent sur les problèmes que les Autres ont, tandis que la seconde tend à mettre l'accent sur les problèmes que les Autres sont censés causer.
La présentation positive de soi et la présentation négative de l'Autre dans la presse sont mises en scène à tous les niveaux de l'information. En dehors des cas étudiés précédemment, l'importance des caractéristiques positive/négative de Nous/Eux peut intervenir dans l'argumentation des chapeaux, titres, résumés, photos, mise en page, longueur et emplacement dans la page, la syntaxe de la phrase, les métaphores, les opérations sémantiques locaux, la cohérence interne, les modèles de citation, etc.

Ainsi, il n'arrive quasiment jamais que des "bonnes" choses soient dites à propos "d'Eux", en particulier en première-page, chapeaux, photos, ou autres éléments qui mettent en relief l'information et souligne son importance. D'autre part, les choses négatives (crime, violence, déviance, stéréotypes, etc.) sur Eux ont une grande visibilité. L'inverse est vrai pour les mauvaises et bonnes choses que nous faisons contre/pour Eux. En effet, les informations sur le racisme sont rares, sur le racisme dans la presse inexistantes, sauf entre guillemets, c'est-à-dire en tant qu'accusation. Ainsi, les situations décrites dans les chapeaux, qui expriment des argumentations ou des macro-structures sémantiques, peuvent bien sûr influencer la définition d'un événement en termes ethniques. Par exemple, des violences urbaines pourront ainsi être définies comme des "rixes violentes de jeunes Noirs" ou comme des "résistances contre le harcèlement de la police". La même différence dans la définition de la situation peut être observée dans la construction des nouvelles qui accentuent ou minimisent l'information et l'opinion.

La domination ethnique et l'inégalité conditionnent indirectement beaucoup d'aspects du discours médiatiques, de même que les procédures et les routines de la production médiatique. Le pouvoir social est basé sur la rareté des ressources. Ainsi, les immigrés ont non seulement un accès réduit, par rapport à la majorité, à des biens matériels comme la santé, les revenus, le travail ou le logement. Elles ont également moins d'accès ou moins de prise sur les biens symboliques, comme l'éducation, le savoir, le statut social et le respect. Dans notre cas, il est important de noter qu'elles ont moins accès au discours public, en particulier celui des médias. Elles ont rarement le pouvoir organisationnel de gérer leur image dans les informations qui les concernent, comme c'est le cas de la plupart des élites de la majorité. Elles ont rarement d'attachés de presse, voire organisent des conférences de presse auxquelles tous les journalistes (la plupart blancs) des médias blancs voudront assister. Leurs analyse et leurs opinions sont généralement considérées comme étant moins crédibles. Aussi, aux Pays-Bas, il y a peu de journalistes immigrés qui travaillent pour les principaux journaux, ce qui rend difficile la possibilité de changer de l'intérieur le traitement du multiculturalisme dans les informations. Pour toutes ces raisons, des perspectives ou opinions minoritaires sur les événements médiatiques auront beaucoup moins de chance d'être entendues, et donc d'être citées de manière crédible. Au contraire, la recherche montre que non seulement les immigrés (et leurs leaders) sont moins cités, même dans le cas d'informations à leur propos, mais si ils sont cités ce sera avec moins d'autorité, et deuxièmement, rarement sans une contre-opinion "modérée" de représentants des institutions ou organisations de l'élite blanche, comme des hommes politiques, des policiers, des juristes ou des universitaires.

Ainsi, à la fois les structures de l'information et leurs conditions de production mettent en scène, confirment et reproduisent les relations de pouvoir ethniquement déterminées de la société. Aussi, aux Pays-Bas, les médias de masse, et en particulier la presse, agissent peu en faveur d'une société multiculturelle, ainsi que d'un rééquilibrage du pouvoir entre la majorité et les immigrés. Au contraire, la plupart des journaux, surtout les journaux de la presse populaire conservatrice, sont en fait partie prenante du problème du racisme, en reproduisant des stéréotypes dominants, des préjugés et des idéologies qui sous-entendent une inégalité ethnique.

Les discours politiques

Si il y a une conclusion à laquelle notre travail sur les discours et le racisme nous a conduit, c'est bien le rôle prééminent des élites dans la reproduction du racisme. Par définition, le pouvoir des élites est basé non seulement sur des ressources matérielles, mais également symboliques, comme par exemple l'accès privilégié aux discours publics. Les diverses élites de la société maîtrisent aussi la façon dont les discours publics sont articulés et contribuent à la reproduction de stéréotypes, préjugés et idéologies, d'où le racisme. Ceci est bien sûr valable dans le cas du discours médiatique, qui est le discours public par définition, comme nous avons vu précédemment.

Cependant, les discours politiques sont un autre genre de discours des élites sur l'immigration, comme par exemple les réunions du gouvernement, les déclarations, les lois, les débats parlementaires, les discours des hommes politiques, ou les campagnes politiques (Reeves, 1983; Van Dijk, 1993a). Ainsi, comme dans le cas des médias, de l'éducation et de la recherche, les activités politiques sont largement discursives, de même que les décisions politiques dans la société contemporaine multiculturelle. Les hommes politiques n'ont pas seulement cette faculté considérable (largement véhiculée par les médias) d'influencer les autres discours, ils ont aussi le pouvoir de prendre des décision fondamentales pour la société multiculturelle: ils décident de qui sera admis dans le pays, et qui ne le sera pas; ils développent et exécutent des politiques sur les immigrés; ils débattent et définissent des règles et des critères dans tous les domaines de la société, incluant l'entrée de nouveaux migrants, leur accès au marché du travail, à l'éducation, la culture et autres domaines au sein desquels les relations inter-ethniques jouent un rôle important. Sur bien des points, après les années 1970, les hommes politiques sont devenus les premiers à définir les situations ethniques. Si les politiques définissent l'immigration comme un problème, il en sera de même pour les médias et l'ensemble de l'opinion publique. Nous avons vu précédemment que le discours hollandais d'après-guerre sur les immigrés a été dominé par les discours politiques.

Dans ce contexte, nous avons analysé et continuons à analyser des débats parlementaires sur l'immigration dans différents pays européens.4 Contrairement aux conversations courantes, et plus encore les livres scolaires et les médias, les discours politiques, en particulier au parlement, sont des discours formels, des textes et des paroles produites dans un contexte officiel. Ceci implique, en particulier au parlement hollandais, que les opinions extrêmes, explicitement racistes, sont rares. Cependant, ceci ne veut pas dire que plus subtilement, les débats parlementaires sont dénués de propos négatifs sur les Autres. Comme ailleurs, c'est plus clairement le cas de la droite conservatrice, alors que le discours anti-raciste dissident tend à être plus fréquent à gauche. Il faudrait souligner cependant que quand il est question de racisme ou d'anti-racisme il n'y a pas qu'un simple clivage gauche-droite.

En dehors d'évidentes différences de thèmes et de styles, les débats parlementaires sur l'immigration et les questions ethniques ont beaucoup de caractéristiques communes avec les autres pays de l'Union européenne. Beaucoup de ces débats apparaissent comme des versions macros de l'expression bien connue "Nous n'avons rien contre les étrangers, mais...". Ainsi, même quand des choses négatives sont dites ou décidées par rapport aux immigrés, ces débats, ainsi que les déclarations individuelles, tendent à commencer avec des variantes nationales d'auto-présentation positive: "Nous sommes un pays tolérant", "nous respectons les Droits de l'Homme", "nous avons toujours accueilli beaucoup d'étrangers", "nous avons reçu des réfugiés" (c'est-à-dire des "vrais"), "nous combattons le racisme" etc. Une telle rhétorique nationaliste d'auto-glorification est particulièrement importante aux États-Unis, en France et en Allemagne, mais des variantes atténuées existent aussi aux Pays-Bas, qui vont s'enorgueillir de son histoire unique de tolérance religieuse et politique, accueillant les réfugiés politiques (comme les Juifs d'Espagne et du Portugal, et les Huguenots de France).

Comme c'est le cas des conversations sur l'immigration, une telle rhétorique fonctionne aussi d'une certaine manière comme une macro-dénégation, c'est-à-dire comme une introduction aux décisions parlementaires visant à limiter l'immigration ou à mettre en place des politiques "fermes" vis-à-vis des immigrés. Une bonne partie des débats s'intéresse en fait à l'immigration en tant que problème, si ce n'est comme une invasion. C'est surtout l'immigration definié come "illegale" qui est un thème fréquent dans les débats. Parfois, surtout sur la droite, les discours focalisent sur la culture "problématique" sinon "deviante" des immigrés. Quelquefois l'immigration est associée avec les drogues ou le terrorisme, comme c'est le cas dans bien de discours politiques au niveau européen. De cette façon, les discours politiques, les débats parlementaires et les discours bureaucratiques ne sont pas toujours très différents de ceux des médias de masse dominants, et parfois même pré-formulent les argumentations dominantes et opinions médiatiques.

Cependant, de tels propos "négatifs" seront rarement explicites ou flagrants. Les politiques ont de nombreuses façons de nuancer ou formuler indirectement des opinions aussi négatives sur l'immigration ou les relations inter-ethniques. C'est ainsi que les arguments visant à restreindre l'immigration ne devront jamais apparaître comme étant égoïstes, en dehors des normes et des valeurs, ou des Droits de l'Homme. Pour la même raison, il y a aussi quelques parlementaires, surtout de la gauche, qui formulent des critiques explicitement anti-racistes à l'égard des mesures et discours politiques dominants.

Cela veut dire, qu'en premier lieu, le style général de ces débats tend à euphémiser toutes actions négatives, sans parler des arguments ou des opinions qui ne seront jamais admises comme ayant des dimensions racistes, surtout si ces Autres sont exclus pour avoir une couleur ou une culture différentes.

Deuxièmement, il y a un nombre de lieux communs et d'arguments stéréotypiques (topoi) qui tendent à revenir dans de nombreux débats, comme:

- Notre pays est saturé.
- Nous ne pouvons pas laisser entrer tout le monde.
- Ils mettraient en danger notre système de protection sociale.
- Ils pensent que notre pays est la terre promise.
- Pourquoi ne restent-ils pas chez eux, ils pourraient ainsi aider à le reconstruire ?
- Ils se sentiraient mieux chez eux avec des gens comme eux, dans leur propre région.
- Nous devons être fermes, mais justes dans nos politiques vis-à-vis de l'immigration.
- Les citoyens (blancs) ne veulent plus davantage d'immigrés.

Celles-ci, ainsi que d'autres thématiques mettent l'accent sur le fait que nous sommes bons, que nos intentions sont bonnes, mais... la situation économique, les accords internationaux, la population, la protection sociale de l'ensemble des citoyens, et même celle des immigrés eux-mêmes, ne nous autorisent pas, malheureusement, à être généreux et à en laisser (davantage) venir. C'est regrettable, mais il n'y a pas d'autres alternatives, et avant tout nous devons être fermes. D'autre part, nous avons une tradition d'hospitalité et de tolérance, nous ne fermerons donc pas nos frontières complètement, et nous laisserons entrer ceux que nous ne pouvons pas refuser. Bien que nous soyons stricts, nous sommes aussi "justes". Non seulement les arguments standards soulignent combien nous sommes bons, mais également combien ces décisions négatives sont en fait pour leur propre bien. Autrement dit, les stratégies discursives visent avant tout à une auto-présentation positive, et spécialement à faire oublier une impression négative.

Finalement, comme prévu, nous trouverons beaucoup d'exemples de présentation négative de l'Autre. Dans la perspective d'exclure des groupes spécifiques, les arguments égoïstes potentiels comme "nous ne pourrons pas partager nos richesses", ou que "l'économie ne nous le permet pas", doivent être complétés par des arguments qui soulignent les caractéristiques négatives qui leur sont assignées.

Par dessus tout, cela veut dire que quoi que ce soit lié à l'immigration sera défini comme un problème, et non pas comme une contribution bienvenue pour le pays. Deuxièmement, quand il est question des réfugiés, comme c'est le cas de plus en plus depuis les dix dernières années, le discours politique distinguera rapidement le vrai réfugié du réfugié "économique" (ou plus péjorativement le réfugié "bidon"). Ces derniers sont alors associés à une longue liste de mauvaises choses (destruction de leurs papiers d'identité, drogue, crime, maladies, mensonge aux autorités, abus des services sociaux et bien sûr situation irrégulière). En effet, "l'illégalité" (au lieu de l'expression plus neutre "sans titre de séjour") est le principal terme attrape-tout associant les réfugiés et beaucoup d'autres migrants avec le fait d'enfreindre la loi. Des remarques similaires peuvent être faites quant aux comptes-rendus parlementaires sur (d'autres) immigrés dans le pays, de la même façon que dans les médias, elles sont négativement associées aux habitudes culturelles déviantes: crime, abus de drogue, manque d'initiative et de motivation, etc.

Bien sûr, comme c'est le cas ailleurs parmi les élites, un tel discours politique peut être dominant, mais des voix dissidentes peuvent aussi se faire entendre, comme nous venons de remarquer. Une opposition de gauche peut accuser un gouvernement conservateur ou bien des partis d'exploiter des ressentiments populaires, d'exprimer des préjugés, d'inciter une intolérance ethnique ou de ne pas respecter les droits des réfugiés ou des immigrés. De tels voix dissidentes peuvent être modérées et encourager la diversité et les aspects positifs d'une société multiculturelle, ou (parfois) cela peut être plus radicalement anti-raciste et mettre l'accent sur la nature raciste de telles mesures ou de tels discours politiques.

Cependant, parfois les critiques sur les politiques restrictives sont surtout politiques et tentent de discréditer le parti au pouvoir. Malgré un style plus humanitaire, parfois les mêmes politiques d'immigration sont continuées quand ceux qui critiquent (en général les sociaux-démocrates) arrivent au pouvoir, comme ce fut le cas en France, en Grande-Bretagne et aux Pays-Bas. Bien que présentes, les voix clairement dissidentes et anti-racistes, et celles qui mettent l'accent sur les bénéfices de la diversité, demeurent malgré tout une minorité au sein de la majorité.

Et comme c'est le cas ailleurs, le réalisme politique, la politique des partis, l'équilibre du pouvoir et la nécessité de construire une coalition gouvernementale aux Pays-Bas demandent des négociations et des dispositions politiques adaptées. Ainsi, aux Pays-Bas, nous avons observé comment le parti Conservateur (VVD) a de plus en plus parlé clairement contre l'immigration (rendant de cette façon superflu le parti d'extrême droite au parlement), ainsi suivant un parcours populiste au sein duquel la culture "dangereuse" (en particulier des Musulmans) est attaquée. Dans la situation présente d'une coalition entre les Conservateurs et les sociaux-démocrates (PvdA), cela veut dire qu'il y a de lents changements en direction d'une opposition plus dure vis-à-vis de l'immigration et des "illégaux", comme le montre la dure loi récente des 'relais' (Koppelingswet) dans laquelle les migrants "illégaux" sont exclus de la plupart des services sociaux, de l'éducation et des soins; une politique rendue possible parce que les ordinateurs de ces différents services sont à présent "reliés" entre eux.

Conclusion

Notre analyse de discours et du racisme aux Pays-Bas a montré que les opinions sociales d'après guerre vis-à-vis des immigrés ainsi que leurs représentations dans les textes et les discours peuvent prendre différentes orientations. Alors que au début, dans les années 1970, les discours militants sur les Droits de l'Homme et les aspects positifs de l'immigration avaient de l'emprise, très vite le contenu et le style ont changé avec des manières plus "dures" de traiter les nouveaux arrivants. Dès les années 1980, les discours universitaires et sociaux sur les "désavantages", ignorant le racisme, ont des élans paternalistes, et ils prennent guère au sérieux le point de vue des immigrés eux-mêmes (surtout dans la recherche). Et finalement, vers la fin des années 1980, une politique néo-libérale dure, ne fut pas seulement appliquée à la partie pauvre de la majorité, mais aussi contre les réfugiés et les autres immigrés. Comme ailleurs en Europe, l'immigration a été de plus en plus restreinte, alors que les politiques sur les immigrés ont abandonné les "tabous" pour "dire la vérité", engageant ainsi des discours toujours plus ouvertement anti-étrangers, accusant les victimes (blaming the victim) et reproduisant les stéréotypes afin de reproduire la domination ethnique.

Nos recherches ont montré que ces tendances générales des "discours sur les immigrés" s'observent aussi dans les structures elles-mêmes des textes et des discours, au sein desquels l'auto-présentation de soi positive et la présentation de l'Autre négative sont les stratégies dominantes à tous les niveaux de l'analyse. Tout d'abord, bien sûr, dans le choix et l'accentuation du thème de la différence, de la déviance et de la menace. Mais aussi aux niveaux de l'expression, de la mise en page, des emplacements, des photographies, des histoires, de l'argumentation, des choix lexicaux, des mécanismes métaphoriques ou argumentatifs. Plus profondément, dans beaucoup de propos populaires ou informels, et encore plus à droite, et plus subtilement et indirectement ailleurs, les immigrés sont ainsi souvent décrits sous forme de stéréotypes et de préjugés, définis comme créant beaucoup de problèmes, comme un fardeau pour "notre" société, comme culturellement et socio-économiquement déviants et par dessus tout comme une menace. Ceci arrive de différentes façons, quasiment dans tous les discours des élites, en particulier ceux des élites symboliques, à savoir, les politiques, les médias, l'université et l'éducation. Ce n'est pas surprenant que de tels discours trouvent un large consentement dans l'ensemble de la société, ainsi le "ressentiment populaire" peut encore être utilisé comme un argument "démocratique" pour restreindre l'immigration et tronquer les droits des immigrés. Nous avons bouclé la boucle, et nous voyons comment en particulier le discours des élites conditionne la reproduction des représentations sociales, et indirectement les pratiques sociales de discrimination, problématisation, marginalisation et exclusion. En d'autres termes, le racisme aux Pays-Bas, comme ailleurs, n'est pas pensable sans tenir compte du rôle déterminant du discours des élites et de ses effets sur la parole populaire.

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NOTES

1 En anglais et en néerlandais, les expressions "minorités", "minorités ethniques" our "groupes ethniques", sont assez communes dans le langage officiel, tandis qu'en France on parle plutôt d' "immigrés" --même pour la deuxième génération née en France. Dans la version française de cet article, nous employons donc ce dernier terme, ou autres termes similaires ("immigrants", "immigrations", etc.).

2 Cette expression anglo-saxonne tend à désigner une construction sociale fondée sur l'origine réelle ou supposée différente d'individus (Note du traducteur).

3 En France, les années 1997-1998 ont été marquées par le succès du terme "incivilité" (Note du traducteur).

4 Ce thème fait l'objet d'un projet ("Racism at the Top") dans lequel nous collaborons avec Ruth Wodak de l'Université de Vienne, et autres chercheurs (pour plus d'informations sur ce projet, ainsi que sur nos autres recherches, voir notre page d'internet: www.hum.uva.nl/~teun.
 

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